Hommage à Simone Feuvre

Simone, en ce jour souvenir, au nom de l’amicale sablaise des déportés, je viens te rendre un hommage, te dire au revoir, car je crois que là où tu es, tu nous vois, tu nous entends, tu nous écoutes.

Toi, dont le métier était de donner la vie, tu as souffert dans un implacable univers concentrationnaire programmé pour broyer les corps et les âmes : Ravensbrück, Torgau, Abderode, Markleeberg, ton parcours, autant de sinistres unités de cette effroyable machine à tuer imaginée par des fous qui voulaient dominer le monde.

Peut-être, dans ton au-delà, vas-tu retrouver tes sœurs des camps de désespérance, celles qui ne sont pas revenues, celles dont les os brisés, martyrisés restent enfouis dans des fosses communes oubliées, dans ces horribles cimetières creusés par des déportées encore valides sous la pression des mitraillettes de leurs gardiens.

Tu étais notre figure de proue : cette énergique jeune femme qui, le 19 juillet 1944, répondait aux sbires qui l’emmenaient en la menaçant du châtiment suprême «douze balles dans la peau ?  C’est beaucoup trop pour moi, je suis toute petite, une seule balle suffira».

Tu n’étais que gentillesse pour tes amis, avec une tendresse particulière pour tes camarades de la Déportation, ceux qui sont marqués à vie, qui traînent, dans leur corps abîmé, les séquelles de leur passage en enfer.

Le mot amitié avait un sens pour toi, nous t’aimions tous et tu nous as quitté. Cette année, nous avons annulé la traditionnelle galette des rois, tu étais malade, nous n’avions pas le cœur de partager ce gâteau de fête sans toi.

Pourtant, il faut continuer. Tu ne serais pas contente si l’amicale sablaise mourait avec toi, si elle n’était plus capable de réunir encore les quelques témoins qui restent de cette épouvantable tragédie des camps de mort, les derniers survivants de cet impensable univers où l’être humain devenait un numéro offert en holocauste aux démons d’une idéologie criminelle.

Tu nous le rappelais souvent : notre amicale doit accomplir son devoir de mémoire alors que de redoutables ferments empoisonnés agitent encore les peuples ; ne serait-ce que pour répéter : plus jamais ça, plus jamais ça.

Au revoir, Simone Feuvre, matricule 57749 du camp de Ravensbrück.