Texte en réponse de Marcel Bousseau

Luçon le 5 février 1961

A nos camarades de la Résistance

Chers, camarades, ce n’est pas sans une douloureuse surprise qu’un certain nombre de mes amis ont lu le dernier bulletin édité par la section de Vendée de la F.N.D.I.R.P., et dans ce dernier bulletin, la mensongère et injurieuse diatribe qui est signée : Marc David.

Passé au parti communiste après avoir renié ses anciens amis, Marc David nous démontre que «le lavage de cervelle» a été bon. Et puis, n’a-t-il pas une dette de reconnaissance à payer, lui qui fut, grâce à ses nouveaux amis, un des premiers «légionnaires» de Vendée ? Et c’est lui qui prétend aujourd’hui donner des leçons ! Aussi enrubanné soit-il, j’affirme que je n’ai pas de leçon de Résistance à recevoir de personne, mais surtout pas de Marc David ! Oh, non ! De lui encore moins que personne !

Cela dit, je voudrais aussi qu’il me soit permis de donner mon avis sur d’autres points de ce même bulletin, dont les affirmations prétentieuses et les promesses démagogiques ne sauraient être passées sous silence. (texte du non moins communiste ancien déporté politique Richard)

Les bases allemandes en France

Laissons de côté les insultes envers le Président de la République, et voyons les faits : C’est un problème de politique internationale qui dépasse de beaucoup le cadre de nos associations. Sans prétendre nous désintéresser de la politique étrangère et de la défense de notre territoire, il nous faut d’abord constater que les évènements incriminés sont le fait «du Gouvernement que la France s’est donné».

La vie n’est pas faite uniquement de sentiments, elle est aussi basée sur la raison. Veut-on entretenir entre la France et l’Allemagne (de l’Ouest…) une haine interminable ? Nous voulons la paix, non avec des paroles mais avec des actes ! Faut-il refaire l’historique des évènements internationaux depuis 1945, afin de comprendre combien l’existence d’un « tampon » est indispensable entre notre pays (qu’on voudrait satelliser) et certain bloc totalitaire de l’Est ? Et puis, voulons-nous, oui ou non, faire l’Europe ? Une Europe neutre qui ne sera inféodée ni aux capitaux américains, ni aux camps de concentration russes. J’affirme le « oui » et que cette Europe ne se fera pas sans l’Allemagne !

D’accord, du point de vue sentimental, la venue des troupes allemandes en France nous choque, nous heurte certainement autant que vous, camarades de la F.N.D.I.R.P., mais, quand l’écho des bottes russes écrasant la Hongrie parvenait jusqu’à nous, quelle fut votre réaction camarades ? Je vous demande aussi si votre indignation serait aussi vive si « le bruit des bottes martelant notre sol » était produit par des détachements de l’Allemagne de l’Est ? Peut-être est-ce avec des fleurs que vous iriez au devant de celles-ci ? Enfin, je m’excuse de me répéter, on ne peut à la fois prêcher l’Union Européenne, c’est à dire la fin des guerres franco-allemandes, et rejeter les hommes. L’A.D.I.F de Vendée, fidèle à son idéal de justice et de liberté, de franchise et d’honnêteté, se doit de dire sa position, mais aussi d’affirmer qu’elle n’a de leçons de patriotisme et de dévouement à recevoir de personne.

Les indemnités allemandes : 

Là, nous allons être formels ! Contrairement à ce qu’affirme le bulletin, les conversations entre membres des Gouvernements français et allemands ont eu lieu en présence de nos amis de l’U.N.A.D.I.F. – F.N.D.I.R, et en présence d’eux seuls. Ce sont eux seuls qui sont intervenus, appuyés par nos amis de l’U.N.A.D.I.F. membres du Gouvernement. Tous les dossiers que fait actuellement établir la rue Leroux ne sont que publicité et démagogie ; ils sont nuls et non avenus (à moins qu’ils ne cherchent uniquement à favoriser un recrutement !) Se reporter pour confirmation à la circulaire de Mr le Ministre des A.C. et V.G. du 18 janvier 1961, CAB/PRESSE N°436, qu’on a dû vous communiquer, camarades de la F.N.D.I.R.P. !

La manifestation de Chantonnay  

Et j’en reviens au papier signé Marc David pour affirmer que, là encore, il ne dit pas la vérité. J’affirme que jamais, à aucun moment, il n’a été dans l’esprit des organisateurs de faire de Chantonnay « un des hauts lieux de la Résistance Vendéenne » en ignorant d’autres centres douloureusement éprouvés ; que jamais, à aucun moment, il n’ a été question d’éliminer les camarades de la F.N.D.I.R.P. de cette manifestation locale, et qu’une invitation avait été adressée en ce sens, au président, en temps utile. Il n’y a de notre part, ni «pas en avant» ni «pas en arrière». «La Chapelle» avait été organisée en commun par les deux fédérations, l’A.D.I.F. a agi correctement avec la F.N.D.I.R.P. à Chantonnay.

Je réponds par le mépris aux attaques personnelles dont je suis l’objet et qui relèvent tout au plus d’un jury d’honneur devant lequel je serais fier de me présenter ( qu’en penses-tu Marc David ?) et j’affirme que l’A.D.I.F. de Vendée, aujourd’hui comme hier, tend résolument une main fraternelle aux camarades de la F.N.D.I.R.P. qui ne sauraient être dupes des explications, un peu embarrassées, qui leur sont prodiguées ; l’A.D.I.F. de Vendée ne «fait et ne fera jamais ni propagande, ni sectarisme, ni politique !»

Marcel Bousseau

Président de l’A.D.I.F. de Vendée