Simone Fontanel-Feuvre

Simone Fontanel-Feuvre née le 29 juillet 1909 aux Sables-d’Olonne. Elle a bien voulu, lorsqu’elle était présidente de l’amicale sablaise des déportés et âgée de 85 ans, accepter de répondre aux interrogations d’un journaliste :

(titre de l’article du journal - 1995) Femme et déportée

«J’ai eu une vie dure et magnifique». Simone Feuvre a atteint l’âge où l’on peut dresser un bilan de son existence. Cette petite femme au tempérament de feu aura bientôt 85 ans. Curieuse, dynamique, cette sablaise, fière de ses racines, a eu un parcours hors du commun : sage-femme pendant 50 ans, elle a été aussi résistante et ensuite déportée dans un camp de concentration. Elle a donné la vie mais a côtoyé la mort de près.

La guerre. Elle aura profondément marqué Simone Feuvre, dans sa mémoire, et dans sa chair... Dès 1940, après la débâcle de l’armée française. «Comme de nombreuses femmes j’ai voulu relever l’honneur de la France vaincue». Cette jeune mère, qui élève pourtant seule son fils, va chercher à rejoindre la Résistance.

Pour cela, il fallait un contact. « Je l’ai finalement trouvé auprès de mon cousin germain, Paul Francheteau. De par mon métier, j’avais un laisser-passer de nuit. Pratique, on m’a alors proposé d’être boîte-au-lettres pour le Front National » (NDLR : rien à voir avec le parti de Jean Marie Le Pen, il s’agit là de l’un des premiers mouvements de résistants). C’était en 1943. Le réseau auquel elle appartenait était placé sous la responsabilité d’Emile de Pianelli. En faisait partie des hommes comme Guy Kergoustin.

Le 19 juillet 1944, à midi, Simone Feuvre et seize autres membres du réseau sont arrêtés « Nous avons été dénoncés. Je sais par qui. J’ai appris plus tard que cet homme avait sévi dans les Basses-Pyrénées où il avait dénoncé soixante-quinze personnes, il était payé 3 000 francs par tête » Emile de Pianelli ne reviendra jamais de Buchenwald. Les autres non plus. Seuls Paul Francheteau et Simone Feuvre s’en sortiront.

Ce 19 juillet 1944, à midi, Simone Feuvre sera cueillie à son domicile par la brigade spéciale française d’Angers. «on m’a conduite au commissariat de police, puis transférée à la prison de La Roche-sur-Yon, à la Pierre-Levée de Poitiers, et à Fresnes». A chaque fois, la jeune femme devra subir des interrogatoires musclés. Euphémisme. Au début, j’ai crâné, on me promettait 12 balles dans la peau, j’ai répondu : je suis toute petite, une seule balle suffira, et puis j’ai choisi de faire l’imbécile. Il n’empêche, elle sera livrée aux Allemands et envoyée au camp de triage des femmes de Ravensbrück après un voyage de huit jours dans des wagons à bestiaux bondés, avec pour toute nourriture une soupe et quelques pommes de terre.

Par chance, elle ne sera pas malade «parce que j’avais été très bien nourrie pendant la guerre, j’allais accoucher les femmes dans les fermes, on me remettait souvent des vivres pour me payer». Simone Feuvre sera ballottée de camps en kommandos. «A cette époque, je n’avais pas peur de la mort, car ce que j’avais fait, c’était pour mon pays».

La libération après le camp disciplinaire de Markleeberg. «On nous avait jetées sur les routes en raison des bombardements alliés». Et puis, un soir, Simone et ses camarades apprennent que les Allemands, 0sentant la fin proche, envisagent de faire disparaître tous ces témoins de leur barbarie, sur les ordres de Himler. «Nous étions quatre à nous être liées d’amitié. Ensemble, nous avons décidé de fuir».

Profitant de la nuit tombée, les quatre femmes vont se jeter dans un fossé. Deux autres évadées vont se joindre à elles. Ensemble, elles ont marché, marché pendant dix jours et dix nuits. Leurs pas vont les conduire dans une forêt. Elles y resteront trois semaines au mois de mars 1945 avec 20 centimètres de neige au sol. «Pour manger, on volait des pommes de terre, et pour ne pas mourir de froid nous avions trouvé des sacs de ciment vides dans une vieille cahute abandonnée. Jour et nuit, nous entendions les bombardements alliés, et puis, un jour, plus rien. Nous nous sommes aventurées vers le village le plus proche et nous avons aperçu des drapeaux blancs aux fenêtres. C’était le 7 mai 1945. La victoire était proche, mais nos épreuves n’étaient pas pour autant terminées. Nous avons marcher pendant 100 kilomètres pour rejoindre les lignes alliées. L’Allemagne était à feu et à sang. Nous avons échappé par miracle au viol des combattants russes».

A l’armistice, Simone Feuvre ne pesait plus que 27 kilos. «Je mangeais jour et nuit» se souvient-elle, amusée. Pour elle, par questions de retourner immédiatement dans ses foyers pour étreindre son fils : «Infirmière FTP, j’étais militaire et réquisitionnée pour soigner les plus faibles ».

Au bout d’un mois, elle rendra son tablier et sera de retour aux Sables d’Olonne le 9 juin 1945.. Deux jours plus tard, elle reprendra ses accouchements comme si rien n’était. C’est la seule Vendéenne survivante de la Déportation.

Par le Livre Mémorial des Déportés de France, nous avons des renseignements sur le convoi l’emmenant en déportation (1) Transport parti le 15 août 1944 de Pantin et arrivé le 20 août 1944 au KL Buchenwald et le 21 août 1944 au KL Rawensbrück.

Effectif recensé du transport  546 femmes 1654 hommes
Évadés durant le transport   2  0,4% 2 0,4%
Libérés par les Allemands 3 0,5% 1 0,1%
Décédés ou disparus en déportation 152 27,8% 893 54,0%
Rentrés de déportation 370  67,8% 456  27,7%
Situations non connues 19 3,5% 300 18,1%

                                            

2 200 hommes et femmes, au moins, font partie de ce transport qui est sans doute celui qui a emmené le plus grand nombre de déportés vers le Reich. Initialement prévu le 12, il a été retardé par la grève des cheminots parisiens entamée le 10. Par ailleurs, les installations de la gare de l’Est ont été détruites par la Résistance dans la nuit du 12 au 13. Les autorités allemandes décident de former le convoi ferroviaire en gare de Pantin.

Le matin du 15 août, les hommes commencent à arriver, ils sont suivis dans l’après-midi par les femmes. Ils viennent de plusieurs lieux d’internement de la région parisienne : prisons de Fresnes et du Cherche-midi, du fort de Romainville et du camp de Compiègne. Les SS, encadrant le transfert des femmes internées à Fresnes vers la gare de l’Est, ont dû menacer de leurs armes les chauffeurs de bus parisiens qui refusaient de leur obéir.

La Croix-Rouge, informée de la constitution d’un train de déportation, se rend à la gare de Pantin. Elle distribue des colis contenant des rations alimentaires et obtient la libération de 36 personnes, des malades et femmes enceintes.

Le train part dans la soirée du 15 août. Le lendemain, il s’arrête avant d’atteindre la gare de Nanteuil-Saacy, le pont ferroviaire enjambant la Marne ayant été détruit par un bombardement le 8 août 1944. Les déportés doivent alors rejoindre à pied cette gare où un autre train les attend. Pendant le transbordement, plusieurs évasions ont lieu et les SS procèdent à des exécutions.

Le 17 août 1944, la Résistance essaie, sans y parvenir, de stopper le convoi à Dormans, dans le département de la Marne. Plus tard, à la demande de la Croix-Rouge, le chef de gare de Revigny tente de convaincre le chef de train SS d’arrêter le transport car le Consul de Suède Raoul Nordling vient de signer un accord avec le major Hulm et, suivant ce texte, les déportés sont placés sous la protection du Consul de Suède, refus du chef de train SS.

Le 19 août, le train arrive à Weimar. Le matin du 20 août, les hommes rejoignent le camp de Buchenwald alors que les femmes continuent en direction de Ravensbrück.. Le 21 août, le train arrive à Fürstenberg. Les femmes sont emmenées à pied au camp de concentration de Ravensbruck.

On signalera  la présence dans ce transport de 9 résistants devenus Compagnons de la Libération à leur retour ou, à titre posthume, dans le cas de Louis Gentil, chef du réseau Darius-Nord, décédé à Dora, de Guy Flavien, de Marcelle Henry des Forces Françaises Combattantes. Emile Bollaert qui a succédé à Jean Moulin en qualité de Délégué général du Comité français de Libération Nationale. Jacques Brunschwig délégué général intérimaire du mouvement Libération Nord. Jean Cavaillès, chef de mission du BCRA, arrêté sous le nom de Bordier. Edmond Debeaumarché cheville ouvrière de l’organisation de résistance des PTT. Pierre Dejussieu, chef d’état-major national de FFI. Pierre Lefaucheux, chef des FFI de Paris. Gaston Vedel, chef du réseau Bonnet-Darius à Paris.

Et enfin, le cas particulier de 168 aviateurs alliés déportés dans ce transport. Aux yeux des Allemands, ces aviateurs, recueillis dans des réseaux de résistance après avoir été abattus, ont perdu leur statut de prisonnier de guerre.(1)

Simone Fontanel-Feuvre sera transférée au Kommando de Torgau le 21 septembre 1944, ensuite au Kommando d’Abterode le 6 octobre 1944, puis au camp disciplinaire de Markleeberg le 26 février 1945.

Elle sera présidente de l’Amicale Sablaise  des Déportés pendant de longues années, jusqu’à son décès au début de l’année 2003, elle était alors âgée de 93 ans. Croix de guerre, Médaille militaire et Légion d’honneur. Ses cendres ont été déposées dans l’urne du  monument des déportés, et le square où se trouve cette stèle porte le nom de Simone Feuvre.

Lors de la cérémonie du dépôt des cendres, le nouveau président, Marcel Hordenneau, rendra un émouvant hommage à cette grande figure sablaise de la Résistance. (L’ hommage à Simone Feuvre).