René Bardy

René Bardy né le 9 mars 1889 aux Sables-d’Olonne, arrêté le 12 août 1943, brûlé dans le crématoire du camp de Buchenwald le 1er mars 1944.

René Bardy, à la mobilisation  en 1939, rejoint son unité dans l’aviation avec le grade de lieutenant. Les batailles de mai et juin 1940 l’obligent au recul. René Bardy est en zone libre, mais il n’accepte pas la capitulation et le nouveau régime. La Résistance commence à s’organiser en zone libre comme en zone occupée. Il s’engage dans un réseau et tente de passer en Espagne. Mais sa tentative est manquée. En 1941, il revient aux Sables-d’Olonne. Il veut continuer l’oeuvre commencée en zone libre, il devient le responsable Ouest Vendée du réseau Libération Nord, le Fontenaisien Robert Bonneau est responsable de l’Est du département et Michel Rambaud du Centre. Le chef départemental était Armand Giraud de Luçon.

Bardy possédait un petit poste et un manipulateur morse pour des envois codés. D’autre part, l’équipe qu’il dirigeait se réunissait au café Jean rue de la Caisse d’Epargne qui était aussi une boîte aux lettres, et quelquefois sur le port. Le pilote du port, Garnier, acheminait les notes de Bardy jusqu’à un sous-marin anglais qui attendait au large.

Quelques jours avant d’être arrêté, des contacts avertirent Bardy qu’il était surveillé. Il démonta le matériel pour les envois codés et le cacha hors de chez lui.

Le 12 août 1943 c’est un vaste coup de filet qui allait décapiter le réseau départemental. La Gestapo se présente au domicile de René Bardy, fouille les pièces et les meubles. Impassible, il prend son petit déjeuner, il venait de brûler des documents compromettants, il ne restait qu’un papier avec des notes, le papier est avalé avec le pain du petit déjeuner, calmement devant les policiers qui ne se doutent de rien.

Simultanément, les Allemands opéraient à Luçon, aux Sables-d’0lonne, à La Roche-sur-Yon, Aizenay, Montaigu etc.  Giraud, Rambaud, Chevreau, Benétreau, Bourreau et Pabeuf de Luçon étaient arrêtés lors du coup de filet, Bouron de Fontenay-le-Comte. Bonneau, professeur à l’école d’Agriculture de Pétré qui s’était échappé de justesse sera arrêté à Paris quelques semaines plus tard. Rambaud et Bonneau sont, eux aussi, comme Bardy, morts dans les bagnes nazis.

Dès 1941, Giraud avait été contacté par une organisation dont le centre directeur se trouvait à Paris en vue de développer un mouvement clandestin. Cette organisation mue principalement par le syndicat national des instituteurs avait à sa tête Pierre Brossolette. Giraud constitua alors un Comité Charente-Poitou avec Constantin Bouron de Fontenay-le-Comte,  Bardy et Gautron des Sables d’Olonne.

En septembre, ou octobre 1942, Giraud rencontra un officier de l’OCM (Organisation Civile et Militaire) qui lui demanda de rechercher des terrains de parachutage et de former des équipes spéciales pour récupérer les containers d’armes.

Dans la région de Sainte-Hermine, c’est Gourdon aidé par  Mocquais son beau-père qui s’en chargea. Ce dernier mourut des sévices de la Gestapo. A La Roche-sur-Yon, une équipe organisa deux parachutages, le dernier le 11 août 1943 au soir, la veille des arrestations. Sur l’ensemble du département, un stock impressionnant d’armes avait été constitué, et lors de l’opération du 12 août de nombreux dépôts furent découverts par les Allemands.

René Bardy fut incarcéré à la prison de Pierre-Levée à Poitiers, et c’est le transport parti de Compiègne le 22 janvier 1944 qui l’emmena à Buchenwald.

(1)Le Livre Mémorial des Déportés de France donne des indications sur ce transport.

Effectif recensé 2005  hommes
Évadés durant le transport 14 0,7%
Décédés et disparus en déportation 844 42,1%
Rentrés de déportation 990 49,4%
Situations non connues 157  7,8%

Le convoi part le 22 janvier et arrive à Buchenwald le 24 janvier. Certains déportés de ce transport ont été arrêtés à des dates anciennes : le journaliste Edmond Ben-Danou arrêté depuis le 21 août 1940, Julien Caïn ancien administrateur de la Bibliothèque nationale révoqué par Vichy arrêté en février 1941.

Mais la plupart des déportés ont été arrêtés en 1943, et 69,6% d’entre eux dans les quatre mois précédant le départ. Les effectifs des résistants sont importants,  comme ceux de l’OCM dans les Deux-Sèvres et de l’ORA dans le Puy-de-Döme. D’autres sont là pour des actions personnelles : c’est le cas du dessinateur humoristique Jean Bernard, dont un personnage avait le tort, dans un numéro de Ric et Rac, d’avoir une petite moustache et une mèche tombant sur le front.

En France, les victimes de représailles sont nombreuses et leur déportation est rapide car il n’y a pas d’affaires à instruire. Six exemples sont classés dans l’ordre chronologique des arrestations.

A Nantua, le 14 décembre 1943, après une expédition punitive de maquisards contre un collaborateur le 6, plus de 150 personnes sont arrêtées. Après des libérations et des évasions, 92 personnes sont déportées le 22 janvier, dont le maire-adjoint et le capitaine de gendarmerie.

A Billom, dans le Puy-de-Döme, après une véritable opération militaire menée par les soldats allemands et les miliciens, 14 hommes seront fusillés et 47 feront partie du convoi du 22 janvier 1944.

A Morlaix, le 26 décembre, après un attentat le 24, une vaste rafle aboutira à la déportation de 59 personnes, elles aussi dans le transport du 22 janvier.

Après un déraillement d’un train de militaires allemands le 23 décembre à Vercheny, dans le nord de la Drôme, 55 personnes sont arrêtées dans les villages voisins pour être déportées le 22 janvier 1944.

Fin décembre 1943, à Annecy, puis à Saint-Eustache, 23 personnes, arrêtées après la mort de soldats allemands, seront aussi dans ce convoi.

Le dernier exemple est encore plus récent. Il se situe à Mussidan, en Dordogne. Le 16 janvier 1944, 35 personnes arrêtées sur une liste dont les Allemands disposaient. Six jours après elles étaient déportées par le transport du 22 janvier.

Au total, le transport du 22 janvier 1944 concerne 2005 personnes dont 1864 Français.

Des personnalités importantes sont dans le convoi : le colonel Frédéric-Henri Manhès, futur Compagnon de la Libération, Christian Pineau qui a conservé une fausse identité.

Figurent aussi trois autres Compagnons de la Libération, à titre posthume pour Pierre Arrighi membre fondateur du CDLR, à leur retour de déportation pour François Boquet du réseau Cohors-Asturies et de Hugues Limonti chef du service de liaisons de la Délégation Générale mise en place par Jean Moulin. Trois parlementaires : François de Tessan, Eugène Thomas et Albert Forcinal. Jacques Courtaud, un des responsables du CDN Castille.

La plupart des déportés français seront affectés au Kommando de Dora pour la fabrication des fusées. René-Charles Bardy, malade, restera à Buchenwald jusqu’à sa mort quelques semaines plus tard, et, le premier mars 1944, il sera brûlé dans le four crématoire du camp. Il avait 54 ans.

Par décret du 5 juin 1944, il, fut nommé capitaine à titre posthume avec effet au 1er août 1943. La médaille de la Résistance lui a été décernée en 1945.

René Bardy avait créé en 1936 le groupe des Éclaireurs de France aux Sables-d’Olonne qu’il laissa en 1939, à la mobilisation, sous la direction d’Alphonse Bréluzeau. Pendant l’Occupation, quelques-uns d’entre eux devinrent ses auxiliaires pour distribuer des tracts et des journaux clandestins. Pressentant une possible arrestation, il convoqua ses jeunes individuellement pour leur signifier qu’ils devaient immédiatement cesser toute activité jusqu’à nouvel ordre.

Le square sablais situé boulevard Pasteur, près de la gendarmerie, porte le nom de René Bardy.

(1) Livre mémorial des déportés de France et  archives Éclaireurs de France