Pierre Morin

Pierre Morin né le 18 juin 1922 à Secondigny (79). Son frère Gilbert est actuellement secrétaire-trésorier de l’Amicale Sablaise. Ses parents qui étaient en 1943, l’année de son arrestation, hôteliers à Angers, sont venus se fixer en 1946 aux Sables-d’Olonne à l’hôtel «La Comète», promenade Clemenceau.

En 1941, Pierre Morin tente sans succès de rejoindre l’Angleterre. En juin 1943, requis au titre du STO (service du travail obligatoire en Allemagne), il tente avec son camarade Bernard Dalibard de passer par l’Espagne pour gagner l’Angleterre.

Ils sont arrêtés à Saint-Jean-Pied-de-Port et incarcérés au fort du Hâ à Bordeaux. Au mois de juillet 1943 ses parents apprennent par la famille d’un prisonnier, Georges Soubirous, que leur fils Pierre est avec Georges Soubirous dans un camp à Compiègne. Mesdames Morin et Soubirous, malgré les difficultés du voyage, partent pour Compiègne.

Par l’entremise de la Croix-Rouge de Compiègne, madame Morin peut voir son fils pendant 30 minutes. Elle repart pleine d’espoir, croyant à une libération prochaine. En décembre 1943, les parents de Pierre Morin reçoivent une carte-lettre venant du camp de Buchenwald avec quelques lignes écrites en allemand, Pierre réclame des colis de nourriture.

Il est parti de Compiègne le 17 septembre 1943 et arrivé à Buchenwald le 18 septembre.

Le Livre-Mémorial des Déportés de France donne les précisions suivantes sur ce transport :

 

Effectif recensé 934  estimé 997
Évadés durant le transport 3 0,3%
Décédés durant le transport  4 0,4%
Libérés par les autorités allemandes 2 0,2%
Décédés et disparus en déportation 402 43,1%
Rentrés de déportation 448 48,2%
Situations non connues 75  7,8%

C’est le troisième grand transport parti de Compiègne. Une forte proportion est constituée de jeunes réfractaires du STO qui ont été pris en tentant de franchir les Pyrénées. D’autres appartiennent à des mouvements de résistance (Front National ou des réseaux variés comme ceux de Buckmaster arrêtés dans le Jura en août 1943). Les membres du transport ont été rassemblés au camp C de Compiègne et emmenés à pied à la gare pour être embarqués dans des wagons à bestiaux, à quarante par wagon.

Le transport se déroule dans des conditions dramatiques. Le train se trouve en fin d’après-midi à la limite de la Moselle annexée, à Novéant, rebaptisé Neuburg an der Mosel, quand les évasions se produisent. On compte trois évasions réussies. Les autres prisonniers doivent se déshabiller et sont regroupés dans des wagons intacts. A une centaine par wagon, le voyage reprend. A Weimar, le lendemain soir, on trouve 63 morts d’asphyxie dans des wagons métalliques.       

Ces morts sont incinérés au crématoire de Buchenwald sans avoir été identifiés.

On ne connaît donc, sur un effectif estimé au départ à 997 personnes que les 927 immatriculés à l’arrivée et les 3 évadés.

Les 927 immatriculés de 21001 à 21928, (Pierre Morin matricule 21403) comprennent 873 Français et 54 étrangers, dont  17 Belges, 16 Polonais et 14 Néerlandais.

A l’issue de la quarantaine, quelques uns sont transférés à Schönebeck, les autres à Dora. 500 Français sur les 873 du transport, soit 58%, sont concernés, Pierre Morin est parmi eux. Dans «l’enfer de Dora» 126 décès sont enregistrés. En même temps, au moins 114 malades partent pour des «camps de repos», 98 vers Lublin-Maïdaneck en janvier-février, 16 vers Bergen-Belsen en mars. Cela signifie que 47% des déportés sont éliminés en quelques semaines.

Dora ? L’usine souterraine où l’on construisait les V.2., fusées qui firent des dégâts considérables à Londres. Pour les déportés de Dora, cela signifiait un enfermement de plusieurs mois dans des conditions d’hygiène déplorables. La sous-alimentation et les brutalités accroissaient la mortalité.

Pierre Morin était arrivé là en octobre 1943 et ses compétences en dessin industriel l’avaient fait admettre dans un bureau. Il échappait ainsi au froid glacial de l’hiver, à l’appel en plein air pendant des heures sous le vent où beaucoup de ses camarades, peu couverts et mal nourris, ne purent résister.

Tous ces prisonniers de Dora étaient condamnés à mort, les SS avaient prévu de dynamiter l’usine avant de partir, lors de l’avance des troupes alliées, et d’y ensevelir les détenus. Mais de nombreux civils allemands vinrent s’y réfugier pour échapper aux bombes. Les SS décidèrent alors d’évacuer les déportés. Les survivants sont empilés à 136 dans des wagons à bestiaux. Le train s’arrête souvent. A chaque arrêt, on descend les cadavres sur le ballast. La voie ferrée étant coupée par les bombardements, Pierre et ses camarades sont alors emmenés dans une longue colonne qui traverse à pied, sans nourriture, les monts du Harz.

L’ascension est pénible, on entend de temps à autre le coup sec d’un pistolet : ceux qui ne peuvent pas suivre sont exécutés sur place. Bientôt, l’itinéraire est jonché de cadavres. Enfin ils arrivent à Goslar pour être entassés à nouveau à 130 par wagon.

Dans l’un de ces wagons Pierre Morin agonise, il est mort dans la nuit du 9 au 10 avril 1945, son corps et ceux d’une dizaine d’autres malheureux  ont été débarqués à Barleben sur le bord de la voie ferrée, puis enterré avec ses compagnons de misère dans la propriété des horticulteurs Brainer de Barleben, au sud de Magdebourg. En 1949, les autorités ont fait transporter les restes des déportés dans le cimetière du pays où un monument honore leur mémoire.

La famille Morin a connu le sort tragique du fils aîné Pierre par deux de ses camarades de détention : 

Le docteur Marion de Biarritz. Il leur a écrit la triste nouvelle après son rapatriement en France : J’étais encore assez valide et j’ai été désigné par les SS pour traîner les cadavres jusqu’à une fosse commune près de la gare de Barleben. En tirant un corps, j’ai vu tomber une carte lettre et j’ai eu le temps de lire : Morin-Angers, c’est tout ce dont je me rappelle, car le SS m’a menacé de tirer si je ne jetais pas le papier qu’il m’avait vu ramasser.

Georges Soubirous de Niort, rescapé du terrible camp de Dora, a pu joindre, à son retour en France, le beau-frère de madame Morin mère et lui expliquer ce que fut l’épouvantable sort de ses compagnons de misère.

Toute la famille Morin s’est rendu à Barbelen et prit une photographie de la tombe très bien entretenue. Sur la dalle, cette inscription en allemand : Ici repose Pierre Morin 1922-1945 et 9 autres inconnus sacrifiés par les fascistes.

(transport : source Livre Mémorial des Déportés de France)