Léon Jaunet

Léon Jaunet, né le 2 juin 1905 aux Sables-d’Olonne. Il était du réseau Front-National. Il a été arrêté le 24 juillet 1944 sur dénonciation. Il faisait partie du convoi du 18 août 1944 l’emmenant avec ses camarades André Annereau, Guy Kergoustin et Emile de Pianelli vers Buchenwald.

Léon Jaunet avait des contacts avec certains responsables d’autres réseaux, notamment avec le réseau Libération-Nord, et il acheminait, en compagnie du pilote du port Emmanuel Garnier, (lui aussi arrêté par les Allemands, déporté en Allemagne un peu plus tôt par le convoi du 2 juillet 1944, et qui va périr dans ce train de la mort) des informations aux sous-marins anglais qui attendaient au large des Sables d’Olonne.

La fille de Léon Jaunet, Angèle Umbach, qui est membre de notre Amicale Sablaise, nous a raconté ce qui s’est passé lors de l’arrestation de son père :

«J’avais 10 ans, des hommes sont entrés chez nous, ils ont posé leurs armes sur la table, ils riaient et disaient : on va bien s’amuser; l’un d’eux qui était sans doute leur chef cherchait à les calmer.

Ils ont emmené mon père dans la cour. Quand ils sont revenus à la maison, mon père avait les bras derrière le dos et les poignets attachés. Son visage était couvert de sang. Ils ont dit à ma grand’mère qui pleurait : regarde bien ton fils, on va le tuer.

Ma grand’mère s’est redressée et leur a répondu : tuez le devant moi au lieu de le faire souffrir comme vous le faites.

L’un des hommes a empoigné ma grand’mère par ses vêtements et l’a projeté contre le mur. Celui qui semblait être le chef a crié : respectez au moins ses cheveux blancs.

Ces hommes, ils étaient huit, ont fouillé tous les tiroirs, pris l’argent et les papiers qui s’y trouvaient. C’est un nommé Picorie qui a dénoncé le réseau de mon père, il s’est enfui en Espagne avant la Libération des Sables d’Olonne.

Je n’ai plus revu mon père après son arrestation. »

Léon Jaunet passa par le camp de Compiègne-Royallieu avant sa déportation vers l’Allemagne.

(1) Transport du 18 août 1944 parti de Compiègne-Rethondes

Effectif recensé 1 249 hommes
Évadé durant le transport 1 0,1%
Décédés durant le transport 2 0,2%
Décédés et disparus en déportation 519 41,5%
Rentrés de déportation 653 52,3%
Situations non connues 74 5,9%

                                          

C’est le dernier transport à emmener des déportés extraits du camp de Compiègne-Royallieu jusque dans un camp de concentration du Reich. Les détenus ont quitté le camp, en camion, le 17 août au matin, le convoi prend la direction de la forêt de Rethondes où un train de wagons à bestiaux les attend près du passage à niveau du Vieux-Moulins, mais le transport ne part que le lendemain matin. Il effectue un premier arrêt à Soissons.

En effet, le consul général de Suède, représentant de la Croix-Rouge, vient de signer un accord avec le commandement militaire en France occupée stipulant que les détenus politiques des prisons et hôpitaux de Paris, ainsi que des camps de Compiègne, Drancy et Romainville, passent sous sa responsabilité. Les services policiers du Reich qui ont organisé cette déportation refusent d’appliquer l’accord. A Reims, nouvelle tentative de la Croix-Rouge qui échoue.

Le transport quitte Reims dans la soirée. Dans la nuit, il effectue plusieurs arrêts en raison de tentatives d’évasion. Certains déportés sont abattus, alors que d’autres sont poussés dans des wagons déjà occupés et surchargés.

Le  transport arrive à Buchenwald le 21 août 1944. Près de 40% des déportés de ce transport sont transférés le 13 septembre 1944 au Kommando de Neu-Stassfurt à une trentaine de kilomètres de Magdebourg pour aménager  une usine souterraine dans les salles des mines de sel et de potasse de la ville. Plus de 130 détenus décéderont dans la marche d’évacuation débutée le 11 avril 1945 et achevée le 8 mai entre Ansprung et Annaberg près de la frontière tchèque après plus de 360 kilomètres de marche.

Léon Jaunet est mort étouffé dans le wagon à bestiaux au cours du transport. Il est porté comme décédé le 21 août 1944. La ville des Sables-d’Olonne a honoré sa mémoire en donnant le nom d’une rue à Léon Jaunet.

Source : Livre Mémorial des Déportés de France