José Vasquez Fernandez

José Vasquez Fernandez  est né en 1912 à La Liné de la Conception sur la frontière qui sépare l’Espagne du rocher de Gibraltar qui reste, en dépit des siècles, une forteresse anglaise entre l’Europe et l’Afrique. Dès l’âge de six ans, il suit ses parents, au Maroc espagnol d’abord, puis au Maroc français à Meknès.

En 1936 éclate, en Espagne, la plus terrible des guerres civiles. Dès l’automne, les troupes rebelles du général Franco occupent tout l’ouest du pays et ont établi un gouvernement à Burgos. En 1937, José Fernandez rentre en Espagne et s’engage dans l’armée républicaine régulière pour combattre les Franquistes. Deux années de combat dont il n’oubliera jamais les atrocités. Au début de 1939, les Franquistes enfoncent les lignes de l’armée républicaine de Catalogne. Ces troupes républicaines se réfugient en France où elles sont désarmées.

José Vasquez Fernandez remet ses armes aux gendarmes français le 6 février 1939 à Saint-Laurent-de-Cerdan.

Regroupés en camps, avec le statut de réfugiés politiques, pas toujours bien accueillis en France, les républicains espagnols ont le choix entre trois alternatives : retourner en Espagne, s’engager dans la Légion étrangère ou dans les compagnies de travailleurs sur la ligne Maginot, car la France va entrer en guerre.

José choisit d’entrer dans la 32e compagnie de travailleurs et se retrouve dans l’Est. Mais c’est bientôt l’invasion allemande et la débâcle de l’armée française. Il sera fait prisonnier aux environs de Baccarat le 21 juin 1940 puis bientôt emmené en Autriche où il est rattaché au stalag XVII-A dans la région de Stayer.

Il y restera jusqu’en avril 1941. Les Allemands proposent alors aux Espagnols de retourner en Espagne, très peu acceptent, craignant des représailles. Ils ne savent pas alors le sort que vont leur réserver les Allemands.

Tous ceux qui refusent sont considérés antifascistes et communistes et se retrouvent au terrible camp de Mauthausen. José Vasquez Fernandez est du nombre. Commencent pour lui et ses amis quatre années d’enfer.

Sur 8.000 Espagnols, 1.600 seulement en reviendront, quatre sur cinq auront péri. José nous a conté, peu avant sa mort,  son séjour dans ce camp : nous avions la tenue des bagnards et la plaquette d’identification autour du cou, nous résistions peut-être mieux que d’autres, endurcis par trois années de guerre Les juifs avaient leur matricule tatoué et les SS les exterminaient rapidement. Pendant mes quatre années dans ce camp, je n’ai jamais vu aucun civil ni reçu aucune visite de la Croix-Rouge.

Les détenus travaillaient, à longueur de journée et à la pioche, dans la carrière de Güsen. Pas le droit au moindre arrêt, sinon c’était les coups de matraque des SS relayés par les Kapos. A la carrière, une des (attractions) proposées par les gardiens était «le saut en parachute». Le détenu montait par une échelle en haut de la paroi de la carrière avec une énorme pierre sur le dos et lorsqu’il arrivait en haut de l’échelle, le gardien le poussait du pied pour qu’il aille s’écraser plusieurs dizaines de mètres plus bas avec la pierre sur son dos en guise de parachute.

Combien sont morts de cette affreuse manière sous les rires des gardiens ?

La nourriture se limitait à une gamelle d’eau avec de temps à autre un croûton de pain dur comme de la brique et parfois moisi. A côté de nous, l’élevage de cochons des SS, cochons engraissés d’une nourriture abondante comparée à notre maigre pitance. Quelques détenus poussés par la faim s’aventuraient parfois parmi les cochons pour leur voler quelques patates bouillies nageant parmi les lavures de vaisselle et le lait caillé. Malheur à eux si un Kapo s’apercevait du manège, c’était alors leur dernier repas.

Malgré le peu de nourriture attribuée aux déportés, un trafic était réalisé par les Kapos et les gardiens. Avant de distribuer la soupe, ils prélevaient le solide pour le revendre, il ne restait alors qu’un breuvage liquide et infect. Notre calvaire prit fin dans les premiers jours de mai 1945 avec l’arrivée des Américains. Plusieurs de mes camarades sont morts alors d’avoir trop mangé après tant de mois de disette.

José embarque à Linz le 5 mai et il sera à Paris le soir même où il est accueilli à l’hôtel Lutetia. Il retrouvera sa famille à Meknès et viendra s’établir en France après l’indépendance du Maroc.

En 1985, l’ancien déporté et son épouse sont retournés à Mauthausen pour le pèlerinage de la Déportation. Des souvenirs dramatiques ont alors ressurgi. Madame Fernandez nous a montré les photos évocatrices : la tuyauterie des fours crématoires, la porte du four, la table de dépeçage !!! Il y avait au seul camp de Mauthausen 15 fours crématoires.

José Vasquez Fernandez est décédé aux Sables-d’Olonne le 27 mars 2005. Peu avant sa mort, il nous disait encore : J’ai vu des choses tellement abominables, tellement incroyables que je n’ose pas les raconter, j’ai peur que l’on me prenne pour un fou. Et dire qu’il y a des gens qui prétendent que tout cela n’a jamais existé. Mais on n’a pas le droit de se taire, il faut en parler, il faut témoigner pour ne jamais revoir des temps aussi horribles.

Jeanne Fernandez, son épouse, est membre actif de l’Amicale Sablaise. C’est avec son autorisation que nous avons réalisé cette fiche en mémoire de son mari.

Sources : Archives Amicale Sablaise des Déportés.

Documents de Madame José Fernandez