Famille Revzin

Famille Revzin Comme d’autres familles juives, les enfants et petits enfants Revzin pleurent leurs parents et grands parents victimes de la barbarie nazie : 27 personnes de cette famille sont mortes dans les camps d’extermination.

Jean-Paul Revzin, directeur des Galeries Vendéennes, place de l’Eglise, aux Sables-d’Olonne représente, au sein de l’Amicale, cette famille de disparus.

Nous l’avons interrogé sur le drame qui a frappé les siens. Déjà, un autre membre de cette famille, Christian Revzin, a témoigné lors du soixantième anniversaire de la libération des camps, en janvier 2005, au cours d’un entretien avec une journaliste de la rédaction des Sables Vendée Journal.

La famille Revzin habitait le quartier du Sentier à Paris. Elle avait une fabrique de casquettes et de chapeaux et pris l’habitude de venir en vacances aux Sables d’Olonne. Salomon Revzin avait fui la Russie à l’âge de 26 ans pour s’installer en France. En 1912, il est naturalisé Français. Il siégeait au sein du Comité Parisien du Fonds national juif.

En 1930, Salomon Revzin acheta une maison aux Sables-d’Olonne, et ensuite créa les Galeries Vendéennes qui était une succursale de sa société parisienne. 1940, la défaite de l’armée française, l’occupation allemande, les lois anti-juives, l’étoile jaune. Les grands parents Revzin viennent se réfugier aux Sables-d’Olonne croyant être plus en sécurité qu’à Paris. Une de leur fille, Odette, est mariée à un officier de l’armée française dont la famille habite à Saint-Juire-Champgillon près de Sainte-Hermine en Vendée, mais se trouve en ce moment-là en zone libre. Elle passe la ligne de démarcation pour venir chercher les siens et les emmener en Espagne.

Toute la famille doit se rejoindre à Saint-Juire. Une des locataires de l’immeuble, rue Bisson, aux Sables-d’Olonne, avait dénoncé la famille Revzin. Salomon Revzin meurt d’une crise cardiaque lors de son arrestation. Les autres membres de la famille sont arrêtés par les gendarmes français à Saint-Juire en janvier 1944 et remis aux SS de La Roche-sur-Yon. Direction Drancy.

Odette Revzin, mariée à un capitaine de l’armée française, reste internée à Drancy. Pour les autres membres de la famille, c’est la déportation.

Odette les voit monter dans les wagons. Ils ne reviendront pas, sauf un oncle, Marcel, qui, ayant subi des expériences médicales pendant sa déportation, mourut à l’hôpital de Saint-Gilles-sur-Vie. Odette Revzin, l’épouse de l’officier français Godard, veut survivre. Elle est affectée au tri des biens juifs volés, surveillée de près par les nazis. Elle échappe de peu à la déportation. Etant la 1001e d’un groupe qui devait monter dans les wagons à bestiaux, elle est restée au camp jusqu’à sa libération par les soldats américains. Dès qu’elle fut libérée, elle courut à l’ancien appartement du Sentier récupérer des pièces d’or cachées dans des toilettes. Son premier geste a été de s’acheter un chapeau. Elle retrouvait sa dignité de femme.

A Paris, tous les biens de la famille avaient été confisqués. Odette retourne aux Sables-d’Olonne et retrouve son fils caché par des paysans vendéens. Mais l’immeuble de la rue Bisson n’est plus à son nom. Un notaire sablais l’a acheté. Elle remonte à Paris et s’adresse au Gouvernement Provisoire qui lui délègue un homme armé pour qu’elle récupère son bien. Le notaire le lui a rendu. Elle a même récupéré des bijoux qu’elle avait confiés, le jour de son arrestation, au directeur de l’hôpital de La Roche-sur-Yon. Il les avait soigneusement gardés.

Avec son frère Roger, prisonnier de guerre, revenu d’Allemagne, Odette rouvre les Galeries Vendéennes. Une nouvelle vie se profile, malgré les terribles souvenirs de la Déportation. Mais que l’on ne parle pas à cette famille de « détail de l’histoire », 27 des leurs sont parmi les victimes de cette terrible page de l’histoire des hommes : La Solution Finale, la Shoah.

Des millions de juifs condamnés à mort par les nazis parce qu’ils étaient juifs, seulement parce qu’ils étaient juifs.

Ma route a croisé, un jour, la route de ces malheureux; j’étais coincé dans l’étroit placard d’un wagon cellulaire accroché à un convoi de wagons de marchandises empli de juifs polonais. Suffoquant de chaleur dans mon réduit sans air, j’enviais leur sort : ils devaient être plus à l’aise dans leurs wagons de marchandises… Mais en gare de Poznan, alors que j’allais continuer ma route vers le bagne de Griebo, eux, ils embarquaient dans des wagons sur lesquels était écrite leur destination : Chelmno.

Chelmno, camp d’extermination, 340.000 morts, et tous les autres camps : Majdanek 230.000 morts, Sobibor 230.000 morts, Belzec 600.000 morts, Treblinka 800.000 morts, Auschwitz-Birkenau 1.100.000 morts. Tous ces camps d’extermination destinés aux juifs, et d’autres plus petits, sans oublier les pogroms dans les villes et la liquidation des derniers juifs du ghetto de Varsovie alors que l’armée russe, victorieuse, arrêtait son avance pour permettre aux SS d’achever leur sale besogne.

Total : 6.000.000 de juifs exécutés par les nazis. Ce n’est pas un détail de l’histoire, monsieur Le Pen, c’est le plus monstrueux génocide imaginé par des fous qui voulaient gouverner le monde.

Sources : Journal des Sables 27 janvier 2005    Marcel Hordenneau            

Archives de l’Amicale Sablaise des Déportés.   4.7.2006