Bernard Liebhold

Bernard Liebhold né le 19 Mars 1927 à Mannheim (Allemagne), déporté, en France, avec sa famille le 22 octobre 1940.  Seul rescapé de cette famille juive.

Ils resteront enfermés dans les wagons pendant 3 jours et 2 nuits, avant d’être débarqués en gare d’Oloron-Sainte-Marie (Basses Pyrénées).

Bernard Liebhold et sa famille faisaient partie d’un groupe de 7 700 Israélites.  Hommes, femmes, vieillards et enfants, traînant valises et baluchons encadrés par des gendarmes et gardes mobiles rejoignirent à pied, sous une pluie battante, le camp de Gurs situé à 15 kilomètres environ de la gare d’Oloron-Sainte-Marie.

(Extrait du récit de Bernard Liebhold paru sur le N° 2 des livres blancs édités par l’Amicale Sablaise des Déportés)

J’avais 13 ans. Les gendarmes gueulaient, cravachaient à tour de bras ceux qui, épuisés, s’écroulaient.  La pluie dégoulinait sans interruption, noyant mes larmes de gosse. En arrivant au camp, nous pataugions dans la boue pour arriver à la baraque en bois qui nous était assignée… L’eau gouttait par le toit, des mares se formaient à l’intérieur de la baraque… La nuit, on gelait sous la couverture qui nous avait été fournie… Entre les baraques, c’était le bourbier… Nous brûlions la paille de nos paillasses pour nous réchauffer… Les hommes et les femmes avaient été séparés du point de vue de la décence du groupement des familles dans les baraques… Le plus triste, la séparation des vieux couples. Les vieilles femmes étaient désemparées sans le compagnon d’une longue vie avec qui elles avaient fini par ne faire plus qu’un.

Les rats étaient partout et s’en prenaient aux pauvres rations que nous recevions. Je mangeais ma ration de pain immédiatement avant qu’un rongeur ne vienne s’en saisir… En moins de 3 mois, je devins sérieusement malade, diphtérie, scarlatine, et me suis trouvé en isolement total dans une grande baraque appelée «hôpital».

Son père entreprit des démarches auprès de la Fondation Rotschild d’organisation au secours d’enfants. Il parvint à faire sortir Bernard Liebhold du camp de Gurs dans un convoi de quarante enfants qui furent transférés dans un foyer situé au château de Chabannes dans la Creuse.

Bernard Liebhold ne devait plus jamais revoir ses parents.

Son père Michael fut envoyé au camp de Saint-Cyprien, puis au camp de Milles et enfin au camp de Nexon (Haute-Vienne). C’est dans ce camp, dans des conditions d’internement indignes, qu’il mourra de froid et de faim le 27 novembre 1942.

Sa mère Fanny, sa sœur Eva (20 ans), sa tante Berta ont été embarquées le 6 août 1942 dans des wagons à bestiaux et transférées à Drancy, puis envoyées à Auschwitz par le convoi n°17. Elles ont toutes été gazées, et brûlées dans les fours crématoires. Ses oncles Joseph et Salomon, ses tantes Emmy et Hilde, embarqués le 8 août de Gurs, puis déportés par le convoi n° 19 ont subi le même sort « la solution finale ». Aucun de ses proches n’a pu revenir d’Auschwitz.

Au château de Chabannes, les nouvelles lois anti-juives mettaient en danger les enfants recueillis dans ce foyer. Pour «l’Organisation de secours aux enfants», c’est alors la certitude qu’ils allaient être un jour ou l’autre, eux aussi, embarqués vers une destination «inconnue». Elle commence à faire évacuer, par petits convois, les enfants juifs vers la frontière helvétique.  Quant vient le tour de Bernard Liebhold, c’est trop tard, les autorités suisses viennent de fermer la frontière ; toute personne interceptée à franchir clandestinement la frontière est remise aux autorités d’occupation allemande en France.

«L’Organisation», avec l’accord du directeur de Chabannes, procure des faux papiers du nom de Bernard Garaud né à Ingwiller (Haut-Rhin), et Bernard Liebhold, déguisé en scout de France, est dirigé vers la ville de Brive-La-Gaillarde. Il va finalement se retrouver dans l’école de Sorrèze (Tarn), institution haut de gamme tenue par les pères blancs dominicains. Seul, l’économe (le père Grange) et le chef du personnel connaissent son identité véritable.

Certains dirigeants du collège étaient sans doute en contact avec la Résistance, car après avoir été camouflé pendant deux années sous un faux nom dans cet établissement,  Bernard Liebhold fut contacté par un « visiteur » qui lui proposa de rejoindre un maquis juif.

Il accepta et se retrouva dans le «maquis de Vabre» en compagnie d’une trentaine de maquisards, tous de confession juive.

Son rôle était de veiller au parachutage des armes pour approvisionner tous les maquisards du secteur. Le lieu de parachutage se situait à Saussonnière, sur un plateau à 700 mètres d’altitude. Bernard Liebhold partait le soir avec d’autres maquisards pour baliser le terrain avec quatre lampes à acétylène. L’avion arrivait à assez haute altitude, passait plusieurs fois pour se repérer. Il faisait des signaux, et d’en bas on lui répondait en morse. Puis l’avion s’abaissait ;  à ce moment-là tous les feux étaient allumés, l’avion prenait le terrain en enfilade et lâchait les parachutes comme une couvée d’œufs.

Les gens voyaient la nuit, sur la montagne, des feux qui s’allumaient et s’éteignaient. Les parachutages n’avaient plus rien de secret. Des unités militaires allemandes attaquèrent le maquis. Un nombre important de maquisards fut tué. Une stèle inaugurée en 1945 porte le nom des victimes de l’attaque allemande.

Après l’attaque allemande et les pertes sévères essuyées par le maquis juif, le maquis fut reconstitué et détaché à Angles pour opérer sur les axes Le Viatrou-Mazamet et Bédarieux-Castres.

Fallait-il qu’ils aiment la France, ces jeunes juifs qui, comme Bernard Liebhold, avaient beaucoup de membres de leur familles internés dans les camps français et, par la suite, déportés en Allemagne pour ne jamais revenir !

Le groupe reconstitué continua le combat. Après plusieurs embuscades, au cours desquelles les unités allemandes subirent des pertes, le 19 août, le groupe de maquisards attaqua un train allemand à Labruguiére et fit prisonniers 56 soldats allemands.

Le 21 août, tous les maquis de la région réunis font une entrée triomphale à Castres. 4.500 soldats allemands sont prisonniers. Le 31 août, journée de la libération de Castres, banquet de 500 combattants servis par des officiers et des sous-officiers allemands.

Le maquis juif de Vabre va se joindre aux troupes régulières françaises pour continuer la lutte, mais Bernard Liebhold va connaître une amère désillusion : il voulait continuer le combat contre ceux qui avaient fait tant de mal aux siens.

Certes le général de Gaulle avait pris un décret autorisant les Forces Françaises de l’Intérieur à rejoindre l’armée régulière, mais à condition d’avoir la nationalité française. Bernard Liebhold, malgré sa tenue kaki de l’armée et son brassard FFI, fut démobilisé.

Quoi faire pour un jeune juif allemand sans famille, sans foyer, sans métier ? La fondation Rotschild disposait toujours de centres d’accueil. Il fut recueilli dans celui du Moulin de Moissac dans le Tarn-et-Garonne. Ensuite, hébergé en compagnie de 4 camarades juifs dans la villa «Croix du Sud» à Pau, il travailla dans une usine de fabrique de sacs et de portefeuilles.

Un de ses camarades lui proposa d’émigrer en Palestine, mais ignorant alors quel avait été le sort de ses parents, il attendit en France espérant les revoir.

Après une période de galère, enfin une place dans une compagnie d’assurances générales. Il fit une demande de naturalisation en 1948, mais n’ayant pas, alors, d’argent pour verser les 20.800 francs des droits afférents à la demande de naturalisation, il ne l’obtint qu’en 1959.

Son métier le conduisit en 1954 au Sables-d’Olonne. Bernard Liebhold y est décédé en décembre 2007. Il était vice-président de l’Amicale Sablaise des Déportés. Son épouse Françoise est membre de l’amicale au titre de famille de disparu.

Sources : Ma famille juive et moi dans la tourmente nazie – Livre blanc n°2 Amicale Sablaise des Déportés