1944-1955

29 octobre 1944

Créée lors de l’assemblée constitutive du 29 octobre 1944 sous le nom de Société amicale des Victimes de la Gestapo, c'est-à-dire avant la libération des camps de concentration et d’extermination, elle ne prendra le nom de Amicale sablaise des déportés, internés et familles de disparus que lors de l’assemblée générale du 4 décembre 1955.

Premier bureau du 29 octobre 1944

Président : Charles Massart

Vice-Présidents : Madame Veuve Roux et Monsieur Picheau

Secrétaire : Madame Goberet

Trésorier : Monsieur Dulieu

Membres : Mesdames de Pianelli, E.Garnier et Liaigre, Messieurs Lambot, Gasnier et Kaufmann

 

Première mesure décidée par cette assemblée générale : (compte rendu de l’assemblée du 29/10/1944, extraits). Démarche sera faite près des administrations publiques pour que les emplois, qui pourraient devenir disponibles par suite de l’Epuration, soient réservés aux victimes des exactions allemandes ou à leurs familles, faire obtenir aux familles de déportés des allocations analogues à celles que touchent les familles de prisonniers et pour obtenir également des indemnités compensatrices des frais supportés par les victimes des armées d’occupation par suite de leur internement ou de leur déportation, ou mise en résidence forcée.

17 novembre 1944

La première réunion de bureau du 17/11 /1944 est surtout marquée par les informations et propositions de madame Roux, vice-présidente : extraits : création d’un fichier concernant les renseignements sur chaque adhérent. Sur demande du président, il ne sera donné suite qu’aux dénonciations qui seront signées. Pour résoudre l’admission de monsieur Loxcq, il est décidé d’entendre l’adhérent éventuel au cours d’une prochaine réunion de bureau.

1er décembre 1944

Bureau du premier décembre 1944, extraits - Décision de remettre au Sous-Préfet des Sables d’Olonne les protestations suivantes :

  1. Sur la nomination scandaleuse d’un certain juré devant siéger  courant décembre 1944 près de la Cour de Justice de La Roche-Sur-Yon qui, durant l’occupation allemande, était un amateur fervent et assidu des réunions des groupes « Collaboration » R.N.P et L.V.F. Il s’agit d’un agent d’assurances de La Roche-sur-Yon. Demande que cette désignation soit rapportée et qu’à l’avenir les désignations soient faites avec un meilleur discernement.

  2. Sur l’occupation de l’Hôtel de la Préfecture par la famille de l’ancien Préfet de Vendée, M.Jamet, alors que ce dernier est inculpé d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Demande que cesse cette situation.

  3. Sur la distribution des vivres faites aux internés administratifs du camp de Bourg-sous-la-Roche par les soins de la Croix-Rouge de la Roche-sur-Yon. Il nous a été certifié que des distributions de sardines à l’huile avaient été faites. Nous protestons sur de pareils faits, alors que la Croix-Rouge française n’a jamais été autorisée à pénétrer dans les prisons de l’occupant, ni à distribuer des vivres quels qu’ils soient.

  4. Sur la lenteur de l’instruction des dossiers des suspects. D’autre part certains témoignages importants pour l’accusation seraient négligés, alors qu’au contraire ceux des témoins à décharge semblent être recherchés avec beaucoup de complaisance par les juges chargés de l’instruction. Cette façon de faire fausse complètement le but recherché : punir les coupables. Il s’en suit que certains inculpés s’en tirent avec des peines dérisoires en comparaison de leur délit. Nous avons même assisté tout dernièrement à une relaxe scandaleuse d’un accusé bien que ce dernier ait reconnu, au cours de son interrogatoire, les faits qui lui étaient reprochés.

Il est difficile aujourd’hui d’émettre un jugement sur cette période trouble de l’Épuration au cours de laquelle les dénonciateurs s’en donnaient à cœur joie, car des innocents dénoncés, certaines fois par vengeance personnelle, étaient soumis à la vindicte publique en même temps que les vrais coupables. La lecture des comptes-rendus des délibérations de l’Amicale Sablaise est éloquente, tous abordent en priorité les protestations sur la mansuétude des Cours de Justice.

4 février 1945

Assemblée du 4 février 1945, extraits : lecture de la lettre du Sous-Préfet suite à la protestation émise, la désignation comme juré à la cour de Justice de l’agent d’assurances de la Roche-sur-Yon a été maintenue. Le Bureau de l’Amicale demande à Madame Roux du C.D.L d’accompagner la délégation qui émettra les doléances de l’Amicale des Victimes de la Gestapo auprès du Sous-Préfet. Une lettre sera également remise à M .Joguet, président du C.D.L.  L’Amicale demande l’appui des responsables du mouvement Libération Nord. Sur proposition de M.Dulieu, le bureau décide de demander à un homme de loi l’étude de tous les dossiers de recours contre les délateurs.

17 mars 1945

Bureau du 17 mars 1945, extraits : Monsieur le Président donne lecture de la réponse des Commissaires Régionaux de Poitiers à notre protestation du 8 février. Elle renferme des incohérences et ne nous donne qu’en partie satisfaction, bien que reconnaissant le bien fondé de nos demandes. Le bureau décide de poursuivre nos réclamations jusqu’à l’aboutissement de nos revendications.

Toutes les réunions de bureau, qui se succèdent au rythme d’une par mois, traitent en priorité les affaires portées devant les Cours de Justice.

11 mai 1945 : Affaire X

Bureau du 11 mai 1945, extraits : Le Bureau décide de s’adjoindre un avocat et un avoué conseil pour épauler toutes les affaires devant les Cours de Justice et porter celles qui n’y seraient pas encore pour obtenir réparation.

Affaire X (le nom est volontairement omis, mais figure dans les archives de l’Amicale Sablaise) A la demande de M. Picheau, monsieur Lambot explique les raisons qui l’ont, dit-il, obligé à se rendre devant la Cour de Justice comme témoin à décharge dans cette affaire. Il cite les termes des questions posées et les réponses qu’il a faites :

Les voici :

Le président se tourne vers l’avocat de X et lui demande de s’adresser au témoin. L’avocat le fait en ces termes : M. Lambot, connaissez vous M. X, que pouvez-vous nous dire de lui ?

Réponse de M. Lambot : Je connais X depuis que je suis aux Sables d’Olonne. Je le considère comme un bon patriote ayant fait son devoir en 14-18 où il obtint plusieurs citations pour actions d’éclat.

Deuxième question : Que pensez-vous de l’interprète Lévy dit Martin ?

Lambot : j’étais emprisonné en même temps que lui, il avait la réputation d’être un mouton, et suspecté de jouer double jeu.

Dulieu fait remarquer à Lambot que son témoignage a été nettement favorable à l’accusé X et nettement défavorable à Lévy-Martin qui, appelé à l’audience de la Cour de Justice, ne s’est pas présenté, la citation ne l’ayant pas atteint. Lambot rétorque que Lévy-Martin ne s’est pas présenté à l’audience parce qu’il serait en état d’arrestation.

Dulieu dément tous ces bruits en montrant une lettre de Lévy-Martin adressée à l’adjudant-chef David de la gendarmerie des Sables d’Olonne venant de l’armée De Lattre de Tassigny où Martin-Lévy sert comme adjudant-chef. Il y a bien un capitaine Martin qui est arrêté mais qui n’a rien de commun avec Lévy-Martin, interprète aux Sables d’Olonne.

Dulieu regrette que Lambot, membre fondateur de l’amicale, se soit prêté à faire le jeu de la défense de X en chargeant Lévy-Martin adhérent depuis le 22 janvier 1945 de notre amicale.

Avez-vous bien réfléchi, dit-il, aux conséquences de votre témoignage partial qui prive en même temps deux autres camarades d’un verdict de réparation envers leur délateur (Figuier et Petitgars, anciens ouvriers de l’entreprise X  emprisonnés sur l’ordre de leur patron et membres tous deux de l’Amicale des Victimes de la Gestapo). M. Lambot répond qu’ils ont, eux-mêmes, témoigné en faveur de X en disant qu’il les avait embauchés pour leur éviter de partir en Allemagne.

Dulieu rétorque que ces camarades n’avaient pas le choix : ou aller mourir dans un bagne nazi, ou accepter, bien à contrecoeur, de reprendre le travail au chantier X.

Lambot s’étonne que ces deux personnes ne soient pas venues à la réunion et  demande qu’une nouvelle réunion soit faite un dimanche pour les entendre.

27 mai 1945 : suite de l’affaire X

Réunion du 27.5.1945, extraits. Étaient présents MM Picheau, Dulieu, Lambot, Kaufmann et Mme de Pianelli. Présents également Figuier et Petitgars.

Dulieu regrette de constater le désintéressement des membres du Bureau malgré une convocation adressée à chacun d’eux.

Parole est donnée à Figuier et Petitgars qui déclarent qu’ils ont déposé contre X, qu’à aucun moment leurs témoignages n’ont été favorables à l’accusé mais que leurs témoignages ont été noyés par les témoignages à décharge de Lambot, Tesson et Basin, tous les trois membres adhérents de l’Amicale des Victimes de la Gestapo et qu’ils s’étonnent, particulièrement du témoignage de M. Lambot, membre fondateur de l’Amicale, contraire à l’esprit et à la lettre des statuts, les privant ainsi de la satisfaction de voir condamner leur délateur.

Lambot réplique en se fâchant et prétend que c’est une manœuvre de certains membres du Bureau pour le débarquer.

Dulieu prend la parole : Lambot, vous avez fauté gravement en allant déposer en Cour de Justice contre nos amis et au profit de X dont vous n’ignorez pas la conduite inqualifiable pendant l’occupation allemande. Si X s’est comporté pendant la guerre 14-18 en héros, il n’en n’est pas moins vrai que de 1942 à 1944, il a agi d’une toute autre façon. Non content de s’enrichir outrageusement et ouvertement, ce qui n’a rien d’un patriote, il s’est abaissé jusqu’à dénoncer des bons français en les faisant punir et en les menaçant de les faire déporter en Allemagne. Les témoignages des camarades Figuier et Petitgars sont formels à ce sujet. X s’est livré, ce n’est un secret pour personne, à la chasse au fusil avec ses amis allemands.

Lambot, calmé, admet qu’il n’aurait pas dû déposer en faveur de X, mais il regrette que le Bureau s’érige en Cour de Justice pour juger les témoins à décharge faisant partie de l’Amicale.

Dulieu rétorque, si l’on n’y met pas bon ordre, qu'à chaque fois qu’un camarade déposera une plainte contre son ou ses délateurs, il risquera de trouver de l’autre côté de la barre un ou plusieurs témoins à décharge qui auront été choisis parmi les adhérents de l’Amicale des Victimes de la Gestapo pour donner plus de poids à la Défense. Dulieu déclare, en outre, qu’en raison du manque d’unité et du désintéressement de certains membres du Bureau, il donnera sa démission de membre du Bureau et de trésorier.

Lambot, toujours excité, déclare : c’est çà, « débarrassez-nous » et veut s’emparer des livres de comptabilité que Dulieu a dans ses mains.

Dulieu : Doucement, monsieur Lambot, je remettrai mes comptes et mes livres contre décharge signée de deux membres faisant fonction de Commissaires aux comptes.

Ce compte rendu n’est signé que de la secrétaire de l’Amicale, madame Goberet, et plus rien n’est porté sur le registre, coté et paraphé par le Sous-Préfet le 9 novembre 1944, jusqu’au 4 décembre 1955, bien que sur le compte rendu de cette séance, il soit noté que la dernière assemblée générale de la Société Amicale des Victimes de la Gestapo date de 1949.

Il semble bien que plusieurs membres du Bureau exaspérés de la chasse intense menée, par d’autres membres du Bureau, aux présumés collaborateurs aient refusé de participer à une action qui se politisait de plus en plus. Madame Roux, du parti communiste, vice présidente de l’Amicale des Victimes de la Gestapo, était élue maire des Sables d’Olonne. Cela explique aussi, sans doute, les règlements de comptes au sein de l’Amicale.

Malgré cette coupure de six, ou peut-être dix années, c’est bien Monsieur Charles Massart, président élu de la première assemblée constitutive du 29 octobre 1944 qui présidait l’assemblée générale du 4 décembre 1955, assemblée qui allait donner à l’amicale le nouveau titre de « Amicale Sablaise des déportés, internés et familles des disparus ».

Pendant toute la période de l’Occupation allemande, l’attitude de certains français motiva, par la suite, à tort ou à raison, des accusations de la part des victimes ou de la part de ceux qui voulaient prendre des places dans les corps constitués et dans les administrations. Si certaines accusations sont incontestables comme l’affaire Gasnier/Le Bars, d’autres le sont beaucoup moins. 

Déclaration Gasnier, journaliste à Ouest-Eclair.

Le mercredi 14 janvier 1942, vers 18 heures, j’apprends que le patron du bateau de pêche « Le Père Patient » du port des Sables, avait disparu au large, par une nuit de tempête, enlevé de son bord par une lame de fond. Je devais relater cet accident dans l’Ouest-Eclair dont je suis le rédacteur aux Sables. Mais il était tard et je dus faire une rapide enquête qui me révéla que le bateau du patron disparu, s’était présenté au port, avant l’accident et n’avait pu rentrer, aucun bateau n’étant admis après l’heure de fermeture fixée par l’autorité allemande. Je mentionnais donc ce détail dans mon compte rendu qui parut le 15 janvier dans l’Ouest-Eclair.

Mais dans la journée qui suivit, les commentaires allaient bon train sur le port où l’on répétait que s’il avait été possible au « Père Patient » de rentrer le soir, on n’aurait pas eu à déplorer la perte d’un bon marin. Ces commentaires vinrent à la connaissance de l’officier allemand commandant le port : le capitaine Harken. Celui-ci entra dans une violente colère et convoqua à son bureau, le Maire et ses Adjoints, un Délégué des pêcheurs, l’Administrateur de l’Inscription Maritime, le Commissaire de police, un adjudant représentant le Capitaine de Gendarmerie.

Après avoir expliqué sèchement le motif de cette convocation, le capitaine Harken informa ces messieurs de son intention très nette de les faire arrêter si les racontars se reproduisaient. L’incident était cependant clos sans dommage, et les personnalités allaient se retirer, lorsque M. Le Bars, adjoint au Maire, sortit de sa poche l’Ouest-Eclair du 15 janvier où figurait mon compte-rendu, et le mettant sous les yeux du capitaine Harken, lui dit : c’est avec de pareils bobards qu’est discréditée l’armée allemande. Et, à ce moment là, il donna mon nom et mon adresse.

M. Le Bars raconte d’ailleurs l’incident quelques heures après au bar de l’hôtel Bellevue. En présence de Me Hugo avocat et de M. Louis Aubert, député, aujourd’hui décédé. M. Aubert, indigné par l’attitude de M. Le Bars, me fit ce récit lorsque je suis sorti de prison. Car une demi-heure après la réunion chez le capitaine Harken, j’étais conduit à mon tour dans le bureau de l’officier allemand.

Celui-ci avait entre les mains le journal remis par Le Bars. Il m’interrogera brutalement, me demandant si je prenais la responsabilité de cet article et, sur ma réponse affirmative, (le secret professionnel m’interdisant de citer la source de mes renseignements) me déclara que j’étais arrêté. Et il ajouta cette phrase que j’ai encore nettement présente à l’esprit « les autorités locales m’ont bien fait remarquer que c’est avec de pareils bobards que l’on salit l’armée allemande. C’est très grave car la Radio anglaise peut naturellement s’emparer de l’incident pour prétendre que nous manquons de sentiments humains ». Je compris tout de suite que « l’autorité locale » qui avait parlé de bobards, c’était Le Bars.

Arrêté le 18 janvier, je fus condamné par le Tribunal Militaire à trois mois de prison pour propagande anti-allemande Incarcéré d’abord à la prison allemande de la Roche-sur-Yon, je fus, huit jours plus tard, transféré à Fontenay-le-Comte. Et la prison française m’a laissé un souvenir exécrable au point de vue de l’hygiène et de la nourriture.

Matériellement, cette incarcération coûta cher à ma famille. Ma femme ayant dû faire de fréquents voyages à la Roche et à Fontenay et m’envoyer des colis, bien utiles, dans une prison où l’on manquait de tout. Des démarches, habilement faites, me firent libérer au bout de quarante jours. Mais, à mon retour, j’appris que ma fille qui avait passé une soirée glaciale à m’attendre devant la Felgendarmerie, avait été prise de crachements de sang qui, malheureusement, eurent des conséquences nécessitant encore, après un an et demi, des visites médicales, des radios et des soins de tous les instants.

Enfin, il ne faut pas oublier que, suivant une circulaire du Haut commandement allemand daté des premiers jours de l’Occupation, document imprimé qui était dans le bureau du gardien-chef de la prison et qu’il me fit lire, j’étais considéré comme otage jusqu’à la fin des hostilités du fait de ma condamnation à trois mois de prison. Situation très désagréable pour qui connaissait les moyens expéditifs de la Gestapo.

 Le Procès

Le Bars fut arrêté quelques jours après la Libération de la Ville des Sables d’Olonne. Il comparut devant la Cour de Justice de La Roche-sur-Yon, le jeudi 5 novembre. La première partie de l’instruction, si l’on peut dire qu’il y a eu instruction, fut faite par un avocat des Sables d’Olonne (nom effacé).  La note de la police judiciaire se borna à la déposition écrite des faits que je viens d’évoquer.  Je ne fus jamais convoqué devant le juge instructeur. Aucune des personnalités qui avaient assisté à la séance précédant mon arrestation ne fut  entendue par lui, le juge ayant prétendu que les aveux signés par l’accusé lors de son interrogatoire suffisaient pour son inculpation.

Lorsque le dossier de l’affaire fut transmis à la Cour de Justice – la Justice Militaire Sablaise ayant été dissoute - on ne convoqua pas davantage les témoins ci-dessus désignés. Et ce ne fut que 36 heures avant l’audience que je reçus la citation à témoin. Comme on reprochait à Le Bars d’avoir aussi truqué des listes de départ en Allemagne, un jeune homme, que la défense n’eut aucune peine à dérouter, fut avec moi, le seul témoin à charge.

Par contre, la défense avait fait citer l’ancien maire et le maire en exercice M. Sapin qui, lui, avait assisté à la séance du capitaine Harken. Après mon interrogatoire M. Sapin était venu voir ma femme pour lui exprimer ses regrets de l’incident. A l’audience, il prétendit ne plus se souvenir exactement des faits ayant motivé mon arrestation. On aurait pu lui demander pourquoi il avait laissé son adjoint pendant trois mois en prison sans élever la moindre protestation, la question ne fut pas posée.

Enfin, en dehors de l’émotion que mon arrestation avait causée aux Sables d’Olonne, le caractère vindicatif de Le Bars était fort connu. Je dois signaler un fait qui vient à l’appui de l’intention haineuse de Le Bars et du geste qu’il ne regrettait pas, a-t-il dit le jour de son incarcération : Trois semaines avant l’audience Mme Le Bars a envoyé chez moi l’une de ses amies qui me demanda si je voulais un cadeau pour ma fille à titre de réparation pour le chagrin que son mari lui avait causé. Je refusai le cadeau ne voulant rien obtenir que de la Justice. Huit jours plus tard, madame Le Bars vint en personne chez moi, elle offrait, cette fois, un petit commerce d’ouvrages de dames que ma fille refusa encore. Au cours de cette conversation, madame Le Bars nous dit que son mari avait un caractère impossible, qu’elle avait été très malheureuse avec lui et qu’il devait payer la faute commise.

Malgré toutes ces preuves de culpabilité qui ne furent pas exprimées à l’audience, ma déposition n’ayant pas été lue, la défense obtint un acquittement rapide, l’accusation ne retenant que les faits concernant le truquage des listes de départ en Allemagne, mon cas personnel ayant été considéré comme moins important par quatre jurés, dont une femme, que cette affaire ne portait aucunement atteinte à la sûreté intérieure de l’État et ne voyaient, eux, au contraire, que l’action d’un honnête homme qui ne pensait qu’à protéger ses administrés des autorités allemandes.

La préméditation de l’acte inqualifiable commis par Le Bars était pourtant nettement établie : il avait en effet, avant la séance Hakner, demandé à son collègue Mottu de l’hôtellerie un exemplaire du journal pour le mettre en poche et n’avait pas caché son intention de s’en servir.

Au moment du départ, le Maire lui interdit de prendre la parole devant Hakner, il ne tint aucun compte de cette consigne et c’est au moment même où l’officier allemand congédiait ses hôtes que Le Bars lui tendit le journal.

Enfin, il apparaît injuste qu’un accusé qui reconnaît les faits et signe ses aveux soit relaxé, une condamnation de principe eût pacifié les esprits.

Louis Pierre Gasnier

Rédacteur de l’Ouest-Eclair

Les Sables d’Olonne –Vendée